Le parfum

Ce texte a été écrit pour l’Agenda Ironique de mai.
Tout est très bien expliqué chez La plume fragile.

C’est mon premier, alors je réclame par avance votre indulgence.


La première chose qu’il perçut d’elle fut son odeur. Une odeur sucrée qui ressemblait à celle du jasmin ou du mandarinier. Elle courait sur le chemin, d’un pas souple, régulier, efficace. Un oiseau s’envola dans les ombres qui s’allongeaient. Elle passa.

Il essaya de la rattraper mais elle allait si vite. Impossible de se poser sur son épaule dorée ou sur un de ses mollets de miel si tentants.

Personne ne savait comment il était arrivé dans ce fouillis de frondaisons, en ce début de mai qui transformait la forêt en aquarium vert et bleu, pas même lui. La présence d’un maringouin étonnait sous ces latitudes et il passait auprès de ses congénères pour un énergumène.

L’obscurité s’épaissit et l’odeur disparut pendant la nuit, balayée par celle d’une belette, d’un hérisson et d’une famille de sangliers.

Le soleil était déjà bas dans le ciel quand il la sentit à nouveau. Cette senteur de jasmin mêlée de vanille n’aurait laissé personne indifférent, surtout pas lui. Il la reconnut. Il vola autour d’elle affolé, oubliant même ce qu’il était venu chercher, ce morceau de chair tendre et ces veines à fleur de peau. Elle suivit le chemin, laissant derrière elle son parfum s’estomper peu à peu.

La nuit tomba à nouveau et il n’y eut rien d’autre à sentir que les bêtes de la nuit, les chevêches et les surmulots.

Le jour suivant, son arrivée fut comme un feu d’artifice, surpassant tout ce qu’il avait ressenti les jours précédent. Le jasmin toujours, la vanille aussi, et la cerise chaude d’un après-midi de juillet. Elle n’était pas seule ce soir là. Une autre fragrance, plus musquée et plus âpre l’accompagnait, sans parvenir à la surpasser. C’était sans doute le contraste entre les deux qui rendait son odeur à elle encore plus vibrante.

Elle s’arrêta.

Allongée sur les feuilles qui tapissaient la forêt, les effluves de son corps se mêlèrent à l’odeur des saisons passées, des arbres centenaires plongeant leurs formidables racines dans le sol sombre. Ébloui par cette apothéose il se posa enfin, sur un coin de peau pâle qui sentait le vent, la vie, près d’une main épaisse à laquelle il ne prit pas garde. Il fit ce que font tous les moustiques du monde et piquant entre les boucles de la toison parfumée, il but enfin le doux nectar que lui offraient les veines palpitantes. Repu et hébété, il s’en fut, un peu ivre, émerveillé.

Lorsque le soleil se leva ce matin là, étonnamment, la pluie n’avait pas réussi à effacer complètement son odeur. Il en suivi le mince filet. Elle était là. Il se posa sur la main froide et bleutée qui sentait l’humus et l’eau fraîche. Ses longs cheveux dénoués semblables à une méduse échouée étaient entremêlés dans les branches de la lambrusque qui recouvrait le mur de l’hôpital, et qui courait, joyeuse et luxuriante jusqu’au pavillon des schizophrènes.


Pour l’Agenda Ironique de ce joli moi de mai (où les feuilles volent au vent) les mots imposés étaient énergumène, schizophrène, lambrusque et maringouin.

15 commentaires sur “Le parfum

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  1. Mais quelle fabuleuse idée que de remonter le parcours aussi gourmand d’un moustique ! Qui aurait cru qu’un zozo pareil au bruit si agaçant et dont la présence est nuisible puisse être doté d’une si douce sensualité pour nos veines ?
    Bravo !

    Aimé par 1 personne

  2. Dure image de la chute mais la ballade est plaisante. J’avoue ne m’être jamais mise à la place de la moustiquette qui s’est avisée de se poser sur moi, j’ai tendance à abattre ma main sur elle sans imaginer si elle a un nez ou si je lui ai plu 😉 Chapeau

    Aimé par 1 personne

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